Doc GOMI

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Réseaux de soins pour les nuls : comment contraindre le soin aux exigences des marchés.

Tout d'abord il faut un volontaire pour le faire : les assureurs, la securité sociale ne peuvent pas jouer ce rôle, trop gros, ça ne passerait pas ; d'ailleurs les instituts de prévoyance et les assureurs pourraient déjà créer ces réseaux mais n'ont pas developpé cette possibilité : le faire comme précurseurs, ça ne serait pas vendeur, il faut laisser la mutualité "passer devant", c'est sans doute la stratégie qui a été arretée au sein de l'UNOCAM. (organisme regroupant mutuelles et assureurs privés).

 

Juste une tentative de créer un réseaux "gold" permettant d'aller voir "des super spécialistes quand on veut" avait été proposé par AGF , il y a quelques années   : complémentaire santé dite Excellence santé à 12 000 € par an et par personne. Un réseau de 200 médecins, dont Pierre Godeau (président de l’Institut Servier), avait été constitué ; tout ceci sous la houlette de M. Johanet , ancien directeur de la sécurité sociale, avec l'assureur AGF.

 

Un précurseur, cet ancien directeur de la sécurité sociale  : des contrats individuels liant les médecins aux assureurs, des patients qui contractent avec l'assureur .....

 

Les mutuelles, qui vendent de plus en plus d'assurances entreprises, vont capter des clients, auquels ils pourront imposer d'aller voir un médecin en particulier si ils souhaitent bénéficier d'une prestation complète ; il n'est pas prévu à ce stade d'empêcher d'aller en voir un autre, dumoins par la contrainte physique ;  juste qu'il y aura difference de prise en charge , tiers payant ou pas dans un premier temps, puis, les habitudes étant prises, la suite ne fait aucun doute.

 

On voit là que les patients qui n'y comprennent pas grand chose n'auront plus le choix souvent ni de leur mutuelle, ni de leur médecin ; si techniquement tout ne se met pas en place tout de suite, c 'est bien l'esprit de la loi déposé par M. LE Roux, député socialiste. (assisté en celà par, entre autres, quelqu'un qui est également député et qui était encore en 2012 directeur rémunéré de la mutualité bretonne, M. Ferrand).

 

Le médecin aura un contrat individuel à signer, j'ai d'ailleurs curieusement reçu le mien il y a une semaine, et il est édifiant ; ce contrat , portant sur la télétransmission directe vers les mutuelles, m'impose une liste d'obligations et de responsabilités (9 items) , un travail supplémentaire de comptabilité (la comptabilité sur des reste a charge de 6e70 va être un bonheur, le pointage des remboursements...)

 

En échange que me proposent les mutuelles ? rien.

 

J 'ai appelé la dame de la mutuelle identifiée comme correspondante, et je lui ai fait part de mon étonnement : enfin les mutuelles avaient là l'occasion de montrer leur attachement au secteur un, et favoriser le tiers payant, en aidant les médecins qui sont dans cette démarche (par exemple un forfait annuel permettant de s'y retrouver par rapport au temps passé....)

 

Rien.

 

J'ai quand même demandé à la dame si elle travaillait bénévolement, et si elle savait qu 'un cabinet médical, c'est une petite entreprise, qui chez nous verse deux salaires en CDI (secrétaires) , était t'elle informée que dans la vie normale, un travail induit une rémunération, car nous avons des charges ; elle a eu cette réponse très "mtualiste" : vous le faites déjà pour la sécu , vous pouvez bien le faire gratuitement pour nous, puisque vous avez déjà le matériel.....

 

Et puis en relisant le contrat j'ai compris leur méthode de travail : une petite ligne qui dit "la mutuelle fera publicité auprès de ses adhérents concernant les médecins qui pratiquent le tiers payant sur la part mutuelle".

 

Soit je signe, soit ils prennent des mesures de rétorsion économiques, et disent à mes patients d'aller se faire soigner ailleurs ; honorer un médecin pour son travail, quand il est secteur un, et qu 'il pratique le tiers payant , non , le chantage est économiquement plus interessant, et c'est ainsi que les réseaux d'affiliations se sont developpés aux USA : "docteur, vous m'avez très bien soigné, mais la mutuelle de mon entreprise me demande d'aller consulter un autre si je veux etre correctement remboursé , l'autre solution ce serait que vous acceptiez enfin de signer ce contrat"

 

 

D'autres signaux d'inquiétude nous ont déjà alertés, cette fois concernant la qualité du soin contraint :

 

Certains établissements de type EHPAD ont maintenant une pharmacie interne, alors qu'auparavant les médicaments étaient délivrés par des pharmaciens d'officine ; dans ces établissements, les prescriptions ne sont plus toujours respectées : vous prescrivez un complément type renutryl à un cancéreux dénutri ; on lui donne un oeuf avec du lait "par ce que c'est aussi bien" ; vous prescrivez un pansement hydrocolloide pour un ulcère qui ne guérit pas ; vous ouvrez le pansement, l y a une compresse sèche avec un tulle, le pansement hydrocolloide, c est trop cher.

 

L'économie sociale et solidaire existe t'elle vraiment ; les belles idées sont t'elles solubles dans le marché ? 

 

Le systême actuel , certainement pas parfait, avait l'avantage pour le patient de pouvoir choisir son médecin, et celui ci était libre des pressions des assureurs (bien que la restriction de ces libertés soit aussi en marche coté sécu) ; dans les pays qui ont une bonne médecine ambulatoire, le soin n'a pas été mis en coupe réglée par les assureurs privés et mutualistes, mais l'assureur Etat a mis en place un copayement : payement à l'acte plus payement au forfait, car "au bout du bout" c'est effectivement toujours le payeur qui décide, et ceci permet un équilibre des pouvoirs.

 

Dans le systeme de réseaux de soin mutualiste, c'est progressivement l'assureur qui va imposer des obligations aux médecins (en volume de prescriptions, en examens complémentaires, et pourquoi pas en orientation des patients vers des établissements de soins mutualistes...)

 

Et si la mutualité commence , les assureurs privés vont également nous demander de contracter ; il nous faudra donc réfléchir, pour chaque patient, en fonction du niveau de contrat, et des désirs et obligations contractuelles, à ce que l'on pourra ou non prescrire.

 

La farce des amendements promettant de supprimer cette machinerie qui se met en route est une manoeuvre dilatoire : l'unique possibilité de ne pas nous soumettre aux impositions des assureurs, c 'est le retrait de ce dispositif.

 

C'est aussi la seule façon à terme pour le patient de garder le choix de ses soignants.

 

L'autre option qui n'est pas à l'étude, c'est de revenir aux fondamentaux de la sécurité sociale ; la seule caisse bénéficiaire en France est celle d 'Alsace Moselle, et elle rembourse les soins bien mieux qu'ailleurs en France : 90 % (80 % pour les médicaments remboursées à 35 % ailleurs en France) et 100 % pour l'hospitalisation (pas de forfait journalier). Les mutuelles sont moins chères qu'ailleurs en France, mais hélas leur chiffre d'affaire aussi, n'y voyez surtout aucun rapport et aucune malice ! Non il n'est pas imaginable que la Mutualité Française nous ait tenu un double langage.....et les directeurs de la sécurité sociale, sauf M. Johanet, ne sont pas convertis aux marchés, non, non, inimaginable !

 

C'est bien la privatisation de la sécurité sociale que nous propose donc M. Le Roux, député socialiste ; la droite en rêvait, les socialistes l'ont fait.

 

La mutualité joue depuis trente ans le rôle de cheval de Troie pour les assurances privées et avance maintenant à visage découvert.

 

 

Dr Y Le Flohic Médecin Généraliste 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



23/11/2012
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